« Phantom Thread », sur Netflix : les revers de l'amour - Le Monde

« Phantom Thread », sur Netflix : les revers de l'amour - Le Monde
Alma (Vicky Krieps) et Reynolds Woodcock (Daniel Day-Lewis) dans « Phantom Thread » (2018), de Paul Thomas Anderson.

NETFLIX - À LA DEMANDE - FILM

Parmi toutes les gemmes que l’on accumule deux heures durant, en suivant ce « fil fantôme » qui donne son titre au film, il y a cette réplique : « Voyez-vous, l’aimer, lui, fait que la vie n’est plus un grand mystère. » On aimera Phantom Thread comme Alma (Vicky Krieps), l’immigrée d’Europe centrale, aime Reynolds Woodcock (Daniel Day-Lewis), le couturier londonien. Il est impossible d’évaluer le nombre de visions qu’il faudrait pour épuiser les ressources du huitième long-métrage de Paul Thomas Anderson.

Pourtant, rien de plus simple en apparence. Quelques années après la fin du Blitz, Reynolds Woodcock vit et travaille dans une belle maison de l’Ouest londonien. Chaque matin, il prend son breakfast en compagnie de sa ­conquête du moment et de l’austère Cyril (Lesley Manville), sa sœur, intendante et directrice des ressources humaines d’une entreprise dont la raison sociale serait : « l’existence d’un homme ».

Lire l’entretien avec Paul Thomas Anderson (en février 2018) : « On peut tenir cette histoire entre ses mains »

C’est elle qui fait tourner la maison de couture, elle qui congédie les compagnes lorsque celles-ci revendiquent une part déraisonnable de l’attention du grand homme, elle qui stabilise l’humeur instable de son frère en l’envoyant à la campagne lorsque le poids des attentes féminines (car Woodcock ne commerce qu’avec les femmes : sœur, amantes, employées, clientes) se fait insupportable.

Singularités du personnage

Sur la route qui mène à son cottage, le couturier arrête sa voiture de sport devant une auberge de campagne pour y commander un breakfast pantagruélique (dans Phantom Thread, l’appétit des personnages – et particulièrement celui de Woodcock – est le contrepoint de leur libido). Il lui est servi par une jeune femme à la beauté irrégulière, au léger accent germanique. Alma trébuche, se rattrape et rougit : ce changement de teint est l’un des événements les plus délicats jamais saisis sur pellicule.

Lorsque, le soir même, il emmène la jeune femme jusqu’au cottage, Woodcock, plutôt que de faire l’amour, lui fait essayer une robe, avec l’assistance de Cyril, surgie d’on ne sait où. Alma se retrouve alors dans une position que ­connurent avant elle Jane Eyre et la jeune Mme de Winter, dans Rebecca : amoureuse d’un homme plus âgé qu’elle, lui-même entouré de fantômes féminins (ici, la mère de Woodcock), dont la mémoire est gardée par un dragon. Alma se lance dans une campagne sans merci pour transformer l’engouement de Woodcock en engagement.

Lire le portrait (paru dans « M » en février 2018) : Daniel Day-Lewis, aux extrêmes de l’incarnation

Paul Thomas Anderson trouve tous les fils qui cousent en une pièce cohérente les singularités du personnage (artiste, métrosexuel avant l’heure, fournisseur des cours royales mais travailleur manuel) et son appartenance à son genre. Mais il aurait été impossible de parvenir à ce degré de complexité, à cette infinité de nuances, sans le duo Day-Lewis/Krieps. L’acteur britannique a annoncé en juin 2017 qu’il tenait là son dernier rôle à l’écran.

Phantom Thread, de Paul Thomas Anderson. Avec Daniel Day-Lewis, Vicky Krieps, Lesley Manville (EU, 2018, 130 min).




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February 28, 2021 at 02:23AM

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