Mystères de l'amour, paradis artificiels, sang « aryen »… Nos conseils de lecture - Le Monde
LA LISTE DE LA MATINALE
L’Américain William T. Vollmann nous balade dans un horrifique et somptueux bestiaire ; le Britannique Will Self revient sur ses années de toxicomanie terribles et délicieuses ; la francophone Bessora évoque dans un roman l’histoire des enfants allemands « aryens » qui furent envoyés en Afrique du Sud dans les années 1940… Et l’historien américain Robert Darnton livre la passionnante synthèse de ses travaux sur la circulation du livre en France et en Europe avant la Révolution.
NOUVELLES. « Dernières nouvelles et autres nouvelles », de William T. Vollmann
C’est fasciné et fourbu que le lecteur achève le nouveau livre-monde de William T. Vollmann. Recueil de nouvelles ? Pas vraiment, plutôt un grand polyptyque narratif, dont les panneaux, lentement déployés, se confirment, se complètent et se répondent, révélant les variations et les degrés d’une unique commotion : celle du « caractère charnel de la mort » et de la dimension mortelle de tout accomplissement amoureux.
Un planisphère historique de la terreur érotique, où Vollmann pourchasse, avec une patience érudite, et affronte avec une puissance de tunnelier, par-delà temps et lieux, le mystère morbide de l’alchimie amoureuse et les abîmes de la frayeur surnaturelle.
Une constellation dynamique qui, d’abord, se joue des époques, faisant alterner le XXe siècle des guerres en ex-Yougoslavie (« Echappée ») et le XVIIIe siècle du commerce adriatique (« Le Trésor de Jovo Cirtovich »), le XIXe siècle scandinave et le présent états-unien. Maximilien Ier, rêveur et tragique empereur du Mexique (« Le 18 juin »), y côtoyant Leonor Fini et ses félins (« Déesse chatte »).
A cette volatilité chronologique répond un éclatement planétaire, l’ensemble étant en effet découpé en neuf zones qui sont autant de biotopes de l’imaginaire : on passe de Trieste à Tokyo, de Sarajevo assiégée aux conserveries du petit port norvégien de Stavanger (« Le Passage étroit ») ou aux faubourgs torrides de la mexicaine Veracruz (« Le Cimetière »).
Par-delà cette déferlante de monstres et de freaks, cette évocation de prodiges et de superstitions folkloriques, William Vollmann mène, plus profondément, une méditation sur la vie, la survie du couple et la violence intrinsèquement tapie au cœur du lien amoureux.
S’il est requis et illustré avec brio et une jubilation certaine, l’imaginaire fantastique nous apparaît néanmoins, suivi de l’énorme et long fleuve lent de ces 880 pages charriant des rêves morts et des lambeaux de trésors, comme le meilleur moyen de sonder les mystères de la passion et de l’amour fou. François Angelier
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